Extrait de l’historique du 28ème Régiment d’Infanterie (Lieutenant Jouannon)

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LE CHEMIN-DES-DAMES
Après une période d’instruction au camp de Gondrecourt (janvier et février 1917) et une période de travaux dans la région nord de Lunéville,) à Einville (mars 1917), le régiment embarque en chemin de fer près de Nancy et vient stationner au sud de Château-Thierry.
Le 1er avril, la division a terminé sa concentration. Elle fait partie de la Xème armée qui doit participer à l’offensive en préparation. Elle a subi au camp de Gondrecourt, une instruction intensive en vue de l’exploitation du succès espéré.
Le général de Barescut, qui la commande et en a dirigé l’instruction, a la confiance de tous. Chacun sait de quelles hautes connaissances il a fait preuve à l’état-major de l’armée de Verdun. Sa bravoure est connue du poilu qui l’a rencontré souvent, vêtu d’une capote boueuse, entre Souville et Hardaumont.
Le 16 avril, à midi 20, la progression des troupes d’exploitation est arrêtée. Le 28ème, qui a atteint Baslieux-les-Fismes, fait demi-tour et vient réoccuper ses cantonnements au sud de Fère-en-Tardenois.
Le 4 mai, la division est constituée sur le type des divisions à 9 bataillons d’infanterie.
Le 5ème régiment d’infanterie (qui s’est illustré au Godat en 1914) la quitte ; le 24ème, le 28ème, le 119ème, forment désormais l’infanterie divisionnaire sous les ordres du général Pineau.
Le général Poignon succède au général de Barescut, appelé aux fonctions d’aide major général.

Jusqu’au 29 mai, aux cantonnements de Villemoyenne et de Jouarre, le régiment s’entraîne en vue de son intervention toujours probable dans la bataille qui se livre, acharnée, sur le Chemin-des-Dames.
Le 1er juin, la 6ème division d’infanterie, passée à la VIème armée, monte en secteur.

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Notes du général de Barescut écrites le 1 mai 1917
Journée chaude et superbe. Visité le matin la cantonnement du 5e à Villeneuve-sur-Feu. Le soir, à cheval, assisté à la manœuvre de la 11e brigade – 28e régiment – bonnes manœuvres. Toujours les liaisons qui ne fonctionnent pas comme je les désirerais.
Je fais partir en permission le plus d’hommes possible.

 

 

 

Notes du général de Barescut écrites le 2 mai 1917
Belle journée. Visité le matin le PAD 6. Le soir assisté à une manœuvre de la 12e brigade.
Deux mauvaises nouvelles :
1. La 6e DI va être à 3 régiments. Le 5e sera enlevé et le général Pineau sera commandant de l’infanterie.
2. Je suis nommé aide-major-général au G.Q.G. Je quitte le commandement de ma belle DI que j’espérais mener à la bataille. Je rentre dans l’état-major.
C’est en pleurant que j’écris ces lignes.
Le général Pétain remplaçant le général Nivelle, aurait pris avec lui le général Debeney. Le général Mangin limogé serait remplacé par le Général Maistre. J’avais vu dans les journaux qu’on allait faire des changements dans les états-majors. Je fais partie de la fournée. Que la volonté de Dieu soit faite.

Notes du général de Barescut écrites le 26 mai 1917  (il est alors au G.Q.G.)

Vue ce matin le major Menschaert de la mission belge au G.Q.G. Il me dit que le Roi des Belges a été vexé et c’est pour cela que le général R… ? a écrit sa lettre ; il faut que le général Pétain aille voir le Roi. Tout cela s’arrangera lui dis-je.

D’ailleurs le Roi n’a pas du tout l’intention de faire attaquer son armée. Nous savons d’autre part que les Allemands se méfient, qu’ils ont rassemblé des forces dans les Flandres. Je présente au général Pétain le projet de lettre au Maréchal Douglas Haig – il la signe ; le Maréchal répondra à cette lettre mardi et le général Pétain, sachant mercredi ce que veut le Maréchal Douglas Haig, ira voir le Roi des Belges et tachera d’obtenir son consentement. Il y aura alors une convention écrite, que les trois contractant signeront.

Vu le général des Vallières tout heureux de reprendre le commandement d’une division. Il m’a beaucoup parlé des Anglais. Gens très sûrs, très sérieux, cherchant à tout faire réussir, mais cherchant aussi en ce moment à prendre la haute direction de la guerre et peu soucieux de voir les U.S. entrer en scène pour qu’ils réclament, après la guerre, leur place autour du tapis de la salle de conférence.

L’activité continue a être très grande sur le Chemin des Dames. Les Boches cherchent à nous enlever peu à peu toutes les positions que nous avons conquises.

Les Italiens continuent leur succès. Depuis le début de leur offensive, ils ont fait plus de 22.000 prisonniers.

Je suis chargé de la confection du communiqué radio. Le lieutenant Jean de Pierrefeu me l’apporte tous les soirs et nous cherchons ensemble la meilleure forme à lui donner. Dur labeur.

Je reçois sans cesse des lettres des officiers de mon ancienne division. C’est pour moi la meilleure des récompenses de voir l’affection que je trouve dans ces lettres ; toutes me disent le regret de mon départ et j’y suis très sensible.
Vu le général Buat : il est resté une heure avec moi ; il désirerait que le général Herr prenne la direction supérieure de l’artillerie et en même temps le commandement de la R.G.A.C. (Réserve Générale d’Artillerie de Campagne), ce qui lui permettrait, à lui Buat, de prendre un commandement.

Notes du général de Barescut écrites le 23 juin 1917  (il est toujours au G.Q.G.)

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Reçu aujourd’hui des récits anecdotiques sur la splendide résistance du 119e Régiment d’Infanterie aux attaques du 6 juin (1). Cela m’a fait plaisir. J’avais une belle confiance dans le 119e et je n’ai pas été trompé.

(1) Cf. le JMO du 119ème RI.